D’un pays à l’autre, les compteurs communicants sont-ils les mêmes ?

Rédigé par Julien Jormot | Le 15 mars 2017 à 16:04
Linky Enedis

S’affichant comme l’un des piliers d’une transition énergétique réussie, les compteurs communicants doivent permettre à tout un chacun de consommer mieux et réduire sa facture d’électricité. Mais qu’en est-il lorsque la technologie qu’ils utilisent est imparfaite ? 

C’est le point soulevé par une récente étude hollandaise dont les auteurs affirment avoir enregistré des dysfonctionnements sur certains compteurs qui surévalueraient la consommation des foyers. Cette nouvelle n’a pas tardé à être reprise par les médias français s’empressant alors de faire un rapprochement avec le compteur Linky. Pourtant, bien qu’elles soient toutes communicantes, d’un pays à l’autre, les technologies présentes dans ces nouveaux compteurs ne sont pas nécessairement les mêmes…

Tout récemment, Le Figaro s’est fait l'écho d'une étude hollandaise publiée le 3 mars dans la revue scientifique hollandaise IEEE Electromagnetic Compatibily Magazine. Selon les chercheurs bataves, certains compteurs nouvelle génération dits « intelligents » transféreraient des données erronées aux centrales de gestionnaires de réseaux électriques du pays. De fait, des chercheurs de l'université de Twente (Pays-Bas) en collaboration avec l'université d'Amsterdam des sciences appliquées ont étudié neuf compteurs intelligents, construits entre 2004 et 2014. Cinq donnaient des résultats plus élevés – parfois de manière significative – que la consommation réelle. Deux autres des résultats en deçà de la réalité.  

L’équipe de scientifiques explique ces décalages par l’émergence de nouvelles technologies en matière d'éclairage domestique – par exemple les nouvelles ampoules à basse consommation et LED – qui altèrent en effet la forme « parfaite » du courant électrique, le rendent en conséquence plus difficilement mesurable. La technique de mesure – appelée l'effet Hall – était donc inadaptée. Les compteurs observés « n'ont pas suffisamment tenu compte des dispositifs de commutation modernes », explique Frank Leferink, professeur de Compatibilité électromagnétique à l'université de Twente, dans un article qui relate les résultats de leur étude.

Il faut noter que les compteurs « intelligents » sont censés communiquer directement la consommation du foyer où ils sont installés, sans qu’un technicien ne doive venir effectuer une relève sur place. Leur fiabilité est donc cruciale afin d’assurer une facturation juste aux usagers. Or, il a été observé que dans des cas isolés, certains compteurs envoyaient des bilans tantôt trop élevés, tantôt sous-évalués. De quoi poser certaines questions quand on sait que 35 millions de compteurs communicants « Linky » doivent être déployés en France d’ici à 2021. Aussi, le Figaro s’est fait écho de ces inquiétudes, ne manquant pas de faire le parallèle avec le compteur tricolore.

Si la fiabilité du compteur Linky n'est pas directement remise en question par cette étude qui concerne un modèle différent (et par ailleurs moins sophistiqué), le parallèle peut laisser penser qu’une défaillance similaire pourrait se produire en France. Une crainte à laquelle Enedis – filiale d’EDF, qui procède actuellement au déploiement des compteurs Linky – vient répondre au travers d’un communiqué de presse. Enedis assure ainsi que le boitier français « ne peut être associé à cette étude ». Pour la société, ce bug ne peut affecter leurs modèles, car « les constructeurs Sagemcom, Itron, ZIV et Elster développent des compteurs Linky qui n’utilisent pas de capteurs à effet Hall ».

Le mode de mesure de Linky est en effet différent des modèles bataves. Enedis rappelle que « la mesure est réalisée via un « shunt » (résistance de faible valeur) pour les compteurs monophasés et/ou un transformateur de courant pour les compteurs triphasés ». Le groupe poursuit : « les dispositifs de commutation, telles les ampoules à basse consommation ou LED, sont parfaitement intégrées et comptabilisées par les compteurs ». Linky a en effet pris en compte les évolutions technologiques qui ont perturbé le modèle des Pays-Bas. Une information confirmée indépendamment par le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE). Fausse alerte, donc.

Aujourd’hui, plus de 3 millions de compteurs Linky ont été déployés en France – et ce depuis 2009 où un premier lot de 300 000 compteurs avait été installé en Indre-et-Loire et à Lyon pour faire l’objet d’une étude pratique. Or, aucune malfonction n’a été relevée. 


Voici le communiqué de presse diffusé par Enedis : 

COMMUNIQUE DE PRESSE

Les constructeurs de compteurs communicants de type « Linky » (Sagemcom, Itron, Landis+Gyr, Ziv, Cahors et Elster) et l’entreprise Enedis, gestionnaire du réseau d’électricité, s’associent pour confirmer la fiabilité métrologique des compteurs communicants actuellement déployés sur le territoire français.

Une étude de l’université néerlandaise a récemment mis en cause l’effet Hall et l'effet Rogowski utilisés pour le comptage des données de consommation électrique.

Le compteur français « Linky »  est certifié et ne peut être associé à cette étude.

Les constructeurs Sagemcom, Itron, ZIV et Elster développent des compteurs Linky qui n’utilisent pas de capteurs à effet Hall ou Rogowski pour l’acquisition métrologique, car ils reposent sur une mesure réalisée via un « shunt » (résistance de faible valeur) pour les compteurs monophasés et/ou un transformateur de courant pour les compteurs triphasés.

Le constructeur Landis+Gyr utilise une méthode différente de mesure basée sur une  solution Embedded Coil qui garantit l’ensemble des exigences légales métrologiques pour toutes les conditions représentatives du terrain.

En matière de  fiabilité métrologique, les compteurs Linky répondent à la norme MID. Et pour aller au-delà de cette norme, ENEDIS a imposé à chacun des constructeurs de passer des « essais d’immunité aux perturbations conduites en mode différentiel avec une gamme de fréquence 2-150kHz » afin de respecter la norme EN 61000-4-19. Cette norme fait référence au rapport technique CLC/TR  50579, et permet de s’assurer que les dispositifs de commutation, telles les ampoules à basse consommation ou LED, sont parfaitement intégrées et comptabilisées par les compteurs.

Enfin, Le LNE* a certifié les compteurs Linky conformément à la Directive Européenne MID et selon les normes associées, dont la norme NF EN 61000-4-19.

Plus de 3 millions de compteurs communicants ont été installés sur l’ensemble du territoire après avoir subi des tests très poussés au sein du LNE, chez les constructeurs mais également au sein du laboratoire d’Enedis. En plus des salariés d’Enedis, 10 000 hommes et femmes sont mobilisés au quotidien pour fabriquer, remplacer et recycler les anciens compteurs.

*Le LNE est le Laboratoire national de métrologie et d'essais contact : info@lne.f

0 Commentaire(s)
    Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier !

    Laisser un commentaire